jeudi 31 mars 2011

France: Création d’une commission éthique et déontologique scientifique et universitaire

À la suite du suicide d'une jeune enseignante universitaire en 2008, la France lance une enquête sur les dysfonctionnements du système de promotion universitaire, les conflits d'intérêts, les fraudes scientifiques, etc.

30 mars 2011- Communiqué de Valérie Pécresse, ministre du gouvernement français, responsable de la recherche scientifique
Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a confié à la philosophe Claudine Tiercelin, professeur au Collège de France, une mission sur l'éthique et la déontologie universitaires.
La ministre attend d'ici la rentrée des propositions visant à garantir éthique et transparence à toutes les étapes de la carrière des enseignants-chercheurs, qu'il s'agisse de leur recrutement et de leurs promotions, du fonctionnement des équipes dirigeantes, du problème du plagiat accru par l'usage d'Internet, ou encore des risques de conflit d'intérêts.


À l'origine, le suicide d'une enseignante en philosophie qui n'avait pas obtenu sa permanence. Voici la nouvelle de l'AFP à ce sujet:
Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, a annoncé mercredi la création d'une Commission de déontologie pour le recrutement des universitaires, après le suicide en 2008 d'une enseignante qui venait d'apprendre sa non-titularisation à l'université de Brest. «Je souhaite que des procédures disciplinaires soient lancées par l'université et je mettrai en place une Commission déontologique», a déclaré Valérie Pécresse sur France Info.
Début octobre 2008, Marie-Claude Lorne, maître de conférence stagiaire en philosophie, s'était suicidée à Paris. Elle avait expliqué ne pas supporter le fait d'avoir vu sa titularisation rejetée. «En enquêtant sur les circonstances de sa mort, nous nous sommes aperçus qu'il y avait eu toute une série de dysfonctionnements au sein de l'université», a ajouté Valérie Pécresse. «Il n'y avait eu que deux personnes pour se prononcer sur sa titularisation et on lui a opposé un motif profondément illégal qui était qu'elle n'habitait pas Brest», a-t-elle expliqué.
Ces dysfonctionnements «engagent la responsabilité de l'Etat», a estimé Valérie Pécresse qui souhaite que l'enseignante «fasse l'objet d'une réhabilitation symbolique dans son droit à être titularisée». «La communauté universitaire doit se doter des règles qui lui permettront d'être irréprochable», a-t-elle ajouté.
La Commission éthique et déontologique scientifique et universitaire sera présidée par la philosophe Claudine Tiercelin, professeur au Collège de France et présidente du comité de soutien à Marie-Claude Lorne. Elle visera «à garantir éthique et transparence à toutes les étapes de la carrière des enseignants-chercheurs qu'il s'agisse de leur recrutement et de leurs promotions», et sera chargée des questions du plagiat et des conflits d'intérêts, selon un communiqué du ministère.

lundi 28 mars 2011

L'affaire des essais cliniques sur la syphilis au Guatemala dans les années 1940

Compte rendu d'une conférence de la chercheuse qui a découvert cette triste histoire pour l'éthique de la recherche biomédicale, qui a conduit le président Obama à donner le mandat à son Conseil de bioéthique de repenser toute l'infrastructure en éthique de la recherche aux États-Unis.
http://newscenter.berkeley.edu/2011/03/18/syphilis/

Mise à jour: Le rapport a été rendu public le 15 décembre 2011: http://bioethics.gov/cms/node/559

Moral Science: Protecting Participants in Human Subjects Research
              
The Presidential Commission for the Study of Bioethical Issues today issued its report concerning federally-sponsored research involving human volunteers, concluding that current rules and regulations provide adequate safeguards to mitigate risk.  In its report, “Moral Science: Protecting Participants in Human Subjects Research," the Commission also recommended 14 changes to current practices to better protect research subjects, and called on the federal government to improve its tracking of research programs supported with taxpayer dollars.

President Obama requested that the Commission undertake an assessment of research standards following the October 2010 revelation that the U.S. Public Health Service supported unethical research in Guatemala from 1946 to 1948 that involved intentionally exposing thousands of Guatemalans to sexually transmitted diseases without their consent.  The President gave the Bioethics Commission two assignments: to oversee a thorough fact-finding investigation into the specifics of the studies (released September 13, 2011); and to assure that current rules for research participants protect people from harm or unethical treatment, domestically as well as internationally.

***

Résumé du rapport: 

President’s Bioethics Commission Releases Report on Human Subjects Protection

La science au cœur de la croissance: le slogan de la nouvelle politique scientifique britannique

Malgré la politique d'austérité qui s'abat sur la Grande-Bretagne, le gouvernement a décidé de ne pas couper les subventions à la recherche scientifique car il y voit un levier pour la croissance économique. L'Irlande avait fait le même choix l'an dernier. Toutefois, il accorde des fonds à la recherche en sciences sociales à condition qu'elle se concentre sur son concept fétiche, celui de "big society" Face à cette pensée néo-libérale qui n'a aucun scrupule à instrumentaliser les chercheurs en leur faisant un "chantage" à l'argent, que peut-on faire?? Rappeler qu'une autre science est possible...

Sur les choix scientifiques du gouvernement britannique: http://www.nature.com/news/2011/110323/full/news.2011.183.html

Sur la conscription des sciences sociales: http://www.guardian.co.uk/education/2011/mar/27/academic-study-big-society

Entrevue avec un leader de la science chinoise

La Chine est de plus en plus utilisée par les élus et les lobbies scientifico-industriels comme "argument ultime" pour stimuler les chercheurs à innover: si ce n'est pas nous, ce sera eux! Cette entrevue montre en effet le dynamisme de la science chinoise. Peut-on espérer que la science se "dénationalise" et retrouve son internationalisme qui était une de ses forces?

http://www.nature.com/news/2011/110324/full/news.2011.180.html

Un rapport sur la globalisation de la science

La Royal Society de Londres publie un rapport sur la science mondiale qui montre bien que l'axe Europe- Amérique du nord n'est plus aussi dominant qu'avant. Pour le bien de l'humanité, peut-on espérer.
http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2011/03/royal-society-report-documents.html?ref=wp

samedi 26 mars 2011

Victoire des lobbyistes en faveur de la science à but lucratif - autour du projet de loi 130

Voici un commentaire que j'ai écrit à la suite du texte de 4 chercheurs paru dans Le Devoir du 25 mars et se félicitant du projet de loi 130 (fusion des organismes de recherche, nomination d'un scientifique en chef, etc.).

Un danger pour la science libre et indépendante, à but non lucratif
 Ce n'est pas "le monde" qui réduit la recherche à une marchandise commercialisable: c'est une coalition d'industriels et de chercheurs-entrepreneurs qui ont réussi brillamment leur lobbying auprès de gouvernements obsédés par la croissance de l'économie et par la découverte de nouvelles sources de revenus, quitte à brader les ressources naturelles, la sécurité des citoyens, la préservation de l'environnement, etc. Ces chercheurs-entrepreneurs n'ont rien à voir avec le modèle romantique du pur chercheur dans son laboratoire/tour d'ivoire. Sans avoir le moindre scrupule à prétendre qu'ils oeuvrent pour le bien de la société, ils visent avant tout la création d'entreprises très lucratives pour eux et qui n'hésitent pas à utiliser les ressources publiques (universitaires et crédits d'impôts) pour accroître leur profit.
Ne soyons pas cyniques ni naïfs, mais simplement lucides et comprenons que la phrase lyrique qui décrit "une mouvance internationale de convergence scientifique et technologique et de concertation intersectorielle visant à donner une voix puissante à la recherche universitaire auprès des autorités politiques nationales" ne fait que constater la victoire de ces lobbyistes qui, pourtant, sont loin de représenter "la recherche universitaire". Ils représentent la science à but lucratif et ignorent totalement l'existence de la science à but non lucratif, heureusement encore pratiquée dans nos universités - même si la qualité d'un chercheur se mesure un peu trop souvent à la quantité d'argent qu'il est capable de récolter, y compris en sciences sociales et humaines.
J'espère que les étudiants n'accepteront pas que les droits de scolarité accrus qu'ils paieront serviront à financer les projets à but lucratif des chercheurs-entrepreneurs qui ne leur enseigneront même plus, étant trop accaparés par leur industrie.

Un professeur d'histoire de l'Université du Wisconsin, Bill Cronon, harcelé par un politicien républicain qui veut l'accès à ses messages

Une histoire très dérangeante se produit en ce moment à Madison, Wisconsin où des politiques très conservatrices menacent les droits fondamentaux des travailleurs et ont suscité une mobilisation très importante de la population. Un professeur d'histoire de l'Université du Wisconsin, Bill Cronon, a décidé d'ouvrir un blog pour informer davantage ses concitoyens sur l'origine de ces politiques conservatrices. Il a mis au jour une organisation conservatrice (American Legislative Exchange Council) qui, en rédigeant des projets de loi très conservateurs, pousse les Républicains vers l'extrême-droite. Son long article de blogue a été lu immédiatement par des centaines de milliers de personnes. Puis son université a reçu une lettre exigeant d'avoir accès à tous ses messages. Selon lui, c'est une tentative d'intimidation pour le freiner dans ses recherches sur les liens entre le parti républicain et cette organisation quasi-secrète: "I’d be willing to bet quite a lot of money that Mr. Thompson and the State Republican Party are hoping that I’ve been violating a university policy so they can use my own emails to prove that I’m a liberal activist who is using my state email account to engage in illegal lobbying and efforts to influence elections. By releasing emails to demonstrate this, they’re hoping they can embarrass me enough to silence me as a critic."
Message de Bill Cronon à propos de cette affaire: Abusing Open Records to Attack Academic Freedom | Scholar as Citizen

Bill Cronon a reçu de nombreux appuis, dont un éditorial du New York Times le 25 mars 2011.
Voici une autre analyse de l'affaire et de ce qu'elle révèle sur la fragilité de la liberté d'expression aux États-Unis, mais aussi sur la nécessité que les chercheurs, quelque soit leur discipline, continuent à s'engager dans des recherches critiques du pouvoir malgré l'intimidation qui peut s'ensuivre.

Faking the Results (and Fixing the Damage Done) - les fraudes scientifiques et leur impact sur la confiance du public

Article sur les fraudes scientifiques dans un site américain de vulgarisation scientifique. Les commentaires sont aussi intéressants.

Faking the Results (and Fixing the Damage Done) | Popular Science

Deux articles de Daniele Fanelli sur les fraudes scientifiques et sur la pression à la fraude générée par le système "publier ou périr"

Voici les résumés de deux textes très instructifs sur les pressions que l'économie du savoir fait peser sur l'intégrité des chercheurs, publiés par Dr Daniele Fanelli, INNOGEN and Institute for the Study of Science, Technology and Innovation (ISSTI), The University of Edinburgh, Edinburgh, Royaume-Uni, dans Public Library of Science One (revue à accès libre intégral).

1. Do Pressures to Publish Increase Scientists' Bias? An Empirical Support from US States Data (2010)

The growing competition and “publish or perish” culture in academia might conflict with the objectivity and integrity of research, because it forces scientists to produce “publishable” results at all costs. Papers are less likely to be published and to be cited if they report “negative” results (results that fail to support the tested hypothesis). Therefore, if publication pressures increase scientific bias, the frequency of “positive” results in the literature should be higher in the more competitive and “productive” academic environments. This study verified this hypothesis by measuring the frequency of positive results in a large random sample of papers with a corresponding author based in the US. Across all disciplines, papers were more likely to support a tested hypothesis if their corresponding authors were working in states that, according to NSF data, produced more academic papers per capita. The size of this effect increased when controlling for state's per capita R&D expenditure and for study characteristics that previous research showed to correlate with the frequency of positive results, including discipline and methodology. Although the confounding effect of institutions' prestige could not be excluded (researchers in the more productive universities could be the most clever and successful in their experiments), these results support the hypothesis that competitive academic environments increase not only scientists' productivity but also their bias. The same phenomenon might be observed in other countries where academic competition and pressures to publish are high.

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0010271

2. How Many Scientists Fabricate and Falsify Research? A Systematic Review and Meta-Analysis of Survey Data (2009)

The frequency with which scientists fabricate and falsify data, or commit other forms of scientific misconduct is a matter of controversy. Many surveys have asked scientists directly whether they have committed or know of a colleague who committed research misconduct, but their results appeared difficult to compare and synthesize. This is the first meta-analysis of these surveys. To standardize outcomes, the number of respondents who recalled at least one incident of misconduct was calculated for each question, and the analysis was limited to behaviours that distort scientific knowledge: fabrication, falsification, “cooking” of data, etc… Survey questions on plagiarism and other forms of professional misconduct were excluded. The final sample consisted of 21 surveys that were included in the systematic review, and 18 in the meta-analysis. A pooled weighted average of 1.97% (N = 7, 95%CI: 0.86–4.45) of scientists admitted to have fabricated, falsified or modified data or results at least once –a serious form of misconduct by any standard– and up to 33.7% admitted other questionable research practices. In surveys asking about the behaviour of colleagues, admission rates were 14.12% (N = 12, 95% CI: 9.91–19.72) for falsification, and up to 72% for other questionable research practices. Meta-regression showed that self reports surveys, surveys using the words “falsification” or “fabrication”, and mailed surveys yielded lower percentages of misconduct. When these factors were controlled for, misconduct was reported more frequently by medical/pharmacological researchers than others. Considering that these surveys ask sensitive questions and have other limitations, it appears likely that this is a conservative estimate of the true prevalence of scientific misconduct.

PLoS ONE: How Many Scientists Fabricate and Falsify Research? A Systematic Review and Meta-Analysis of Survey Data

Commentaire sur la réception de ces articles dans le monde scientifique

Europe: un bonus aux chercheurs qui commercialiseront leurs travaux

Un autre effort des stratèges de l'économie du savoir! Comment penser que ce genre d'incitatifs ne va pas influencer le contenu même des recherches? On est vraiment loin de la tour d'ivoire...
Europe Nudges Top Scientists to Market
http://news.sciencemag.org/scienceinsider/2011/03/europe-nudges-top-scientists-to.html?ref=wp

mercredi 23 mars 2011

BiopolisQuébec

Un site panquébécois (mais uniquement en anglais) de lobbyisme pour l'industrie des sciences de la vie (biotechs) du Québec. Il faudra vérifier s'il est inscrit au registre des lobbyistes parce que, pour certains industriels qui croient leur propre promesse de n'oeuvrer que pour le bien de l'humanité, ils ne font pas du lobby quand ils rencontrent des ministres pour leur soumettre un projet d'investissement dans leur compagnie.

BiopolisQuébec ::: Capacity | Connectivity | Creativity

lundi 21 mars 2011

Narration des différentes étapes d'un essai clinique multicentrique relevant de la lutte contre la tuberculose

Ce texte très clair montre comment s'élabore et se réalise un essai clinique. Plusieurs précisions sont données au sujet du consentement des participants à cet essai clinique multicentrique, c'est-à-dire qui se déroule dans plusieurs pays. Ces précisions font aussi l'objet de questions très pertinentes à la suite du texte. Un beau coup d'oeil sur la "science en train de se faire".

Différentes étapes mise en place d'un essai clinique multicentrique : ex OFLOTUB.html

dimanche 20 mars 2011

Le blogue DeSmogblog: pour démasquer les relations publiques des climato-sceptiques

Voici le slogan de ce blog très lu, aux dossiers très bien faits: "DeSmogBlog exists to clear the PR pollution that is clouding the science on climate change."

The DeSmogBlog Project began in January 2006 and quickly became the world’s number one source for accurate, fact based information regarding Global Warming misinformation campaigns.

An overwhelming majority of the world’s climate scientists agree that the globe is warming - the world's climate is changing - and that the indiscriminate burning of fossil fuels is to blame. We know that the risks are incalculable and, increasingly, we understand that the solutions are affordable.

Unfortunately, a well-funded and highly organized public relations campaign is poisoning the climate change debate. Using tricks and stunts that unsavory PR firms invented for the tobacco lobby, energy-industry contrarians are trying to confuse the public, to forestall individual and political actions that might cut into exorbitant coal, oil and gas industry profits. DeSmogBlog is here to cry foul - to shine the light on techniques and tactics that reflect badly on the PR industry and are, ultimately, bad for the planet.


Lien vers ce blog

samedi 19 mars 2011

L'idéologie de la santé

Entrevue avec le psychiatre Jonathan Metzl à propos du livre Contre la santé, dont ce blogue avait parlé dans un billet du 5 décembre 2010. Ce livre rappelle que la santé est devenue un marché où rivalisent et coopèrent toutes sortes d'acteurs et de discours. Une perspective critique essentielle.


L'idéologie de la santé | Mathieu Perreault | Santé

mercredi 16 mars 2011

Protection des lanceurs d'alerte aux États-Unis

Cet article de la revue Nature présente un projet de loi en préparation aux États-Unis sur la protection des lanceurs d'alerte, bâti sur le modèle de la loi britannique: le People Participation Act. Son but est de protéger les lanceurs d'alerte en assurant que leurs frais d'avocat leur soient remboursés si leur dénonciation était justifiée. Cet article met cette initiative législative en rapport avec les projets de loi anti-SLAPP contre les poursuites "bâillon" qui visent à intimider les éventuels lanceurs d'alerte.

US free-speech law offers protection — at a price : Nature News

lundi 14 mars 2011

Qu'est-ce qu'une connaissance utile? Réflexion sur le transfert de connaissances en gestion

Réflexion de deux chercheuses en gestion sur le transfert de connaissances issues de ce champ de connaissance. Elles suggèrent qu'entre le savant dans sa tour d'ivoire et le professeur-consultant-entrepreneur, il y a toutes sortes de situations variées. Cette description ne prend pas en compte le rapport de forces entre ces deux modèles du métier de chercheur, ni les pressions de l'un sur l'autre, ni les politiques publiques, etc., mais on y découvre le métier de chercheur en sciences de la gestion.
Qu'est-ce qu'une connaissance utile? | Chantale Mailhot et Anne Mesny, HEC

dimanche 13 mars 2011

Rencontre de sourds entre les chercheurs canadiens et le ministre du gouvernement conservateur

Cet article du Globe and Mail paru le 2 mars 2011 montre que le gouvernement conservateur n'est aucunement sensible au malaise des chercheurs canadiens face à sa stratégie scientifique. Les chercheurs s'organisent avec le mouvement "Ne laissez pas le Canada à la traîne" dont la pétition a déjà été signée par plus de 2000 chercheurs. Pourvu que ce mouvement ne soit pas inspiré par la protection des intérêts des chercheurs et de leurs partenaires industriels, mais plutôt par le souci de mettre la science au service du bien commun et de l'intérêt général.

Researchers fear 'stagnation' under Tories - The Globe and Mail

samedi 12 mars 2011

Énorme conflit d'intérêts dans la gouvernance de la recherche scientifique française, qui rappelle la situation canadienne

Un bref billet punché du Syndicat national des chercheurs scientifiques sur la transformation de la gouvernance de la recherche française en sciences de la vie et de la santé, au profit de rapports de plus en plus étroits avec l'industrie. Un des conseillers du président Sarkozy sur la réforme de cette gouvernance est le Dr Elias Zerhouni, ancien directeur des Instituts de recherche en santé des États-Unis (NIH), devenu ensuite membre du comité exécutif et du comité de direction, ainsi que Président Monde, R&D, Médicaments et Vaccins, de la pharmaceutique Sanofi-aventis - une nouvelle digne de mention dans le magazine Investir et dans le site Edubourse.

Ça rappelle la nomination du vice-président de la pharmaceutique Pfizer, Bernard Prigent, au conseil d'administration des Instituts de recherche en santé du Canada. Ces rapprochements, justifiés par la rhétorique de l'économie du savoir, ouvrent la porte à d'énormes conflits d'intérêts dont la santé des personnes ne sortira pas forcément gagnante.

SITE SNCS : SNCS Hebdo - L'assassin revient toujours sur les lieux du crime : SNCS-HEBDO 11 N°04 du 3 mars 2011

jeudi 10 mars 2011

Journalisme scientifique. Effets médiatiques : réflexions sur l'éthique des médias

Une conférence de 2001 qui présente un point de vue intéressant sur les différentes manières de pratiquer le journalisme scientifique.
En voici le début:

Patrick Champagne : « Journalisme scientifique. Effets médiatiques : réflexions sur l’éthique des médias »

Les scientifiques se plaignent fortement de la manière dont la science est médiatisée. Selon le sociologue de l’Inra Patrick Champagne, du Centre de sociologie de l’éducation et de la culture à la Maison des sciences de l’homme, on est aujourd’hui passé de la médiatisation de « La Science » à une information scientifique banale, qui obéit aux lois ordinaires de la production de l’information. Dans sa conférence, prononcée lors de la 7ème Université d’été de l’innovation rurale de Marciac, Patrick Champagne revient sur l’histoire du journalisme scientifique, apparu dans les années 50, qui voulait alors servir la science et diffuser ses valeurs. Un journalisme respectueux des autorités savantes, aujourd’hui perçu comme une pratique « à l’ancienne » par des jeunes qui ont une autre conception de leur métier. Des jeunes pour qui le passage par le scientifique est une simple étape dans leur carrière en attendant de traiter de rubriques plus « nobles » telles que l’économie ou le politique. Objectif principal : savoir faire des articles qui seront lus. Dans une approche critique, ils portent une attention particulière à l’information qui dérange ou qui fait débat et répugnent de plus en plus à n’être que de simples « porte-micro » de la parole des scientifiques. Cette attitude, plus critique et plus valorisante pour le journaliste, peut également le conduire à construire des « faux-débats », à faire intervenir directement la vision du journaliste dans la vie même de la science. Certains d’entre-eux pouvant même se percevoir comme une instance d’appel supérieure au monde savant comme dans l’affaire dite de la « mémoire de l’eau » où l’on a vu Jacques Benvéniste soutenu par la presse alors qu’il était sévèrement critiqué par ses pairs.

Pour lire la suite: « Journalisme scientifique. Effets médiatiques : réflexions sur l'éthique des médias »

Exigeons plus de transparence de la part des organismes de régulation des essais ciniques

Excellente réflexion de Ben Goldacre sur le manque de transparence des organismes de régulation, alors que leur personnel se met parfois rapidement en confits d'intérêts en passnat à l'industrie et vice versa (phénomène de la porte tournante).

Drug trial secrecy leaves us dependent on blind faith | Ben Goldacre | Comment is free | The Guardian

Réflexions sur le journalisme scientifique

(extraits de ma participation au blogue de l'Agence science presse)
Je ne pense pas que seuls les journalistes scientifiques, si possible bien formés en science, doivent traiter des nouvelles scientifiques. Ces dernières font partie de l'actualité dans la mesure où elles concernent directement la santé, l'environnement, les technologies, les finances publiques, l'économie, l'agriculture, l'alimentation, etc. Un-e bon journaliste est parfaitement capable de traiter une nouvelle scientifique dans son champ d'intervention comme il ou elle le fait pour une nouvelle politique, par exemple.

Ensuite, il y a les "vulgarisateurs scientifiques" qui essaient d'expliquer les développements des savoirs scientifiques en les rendant "accessibles", tout en voulant faire la "promotion de la science" pure et dure contre les réfractaires, les sceptiques, les obscurantistes et autres esprits critiques non orthodoxes.

Finalement, la mission des journalistes scientifiques est, selon moi, de développer chez leur lectorat un esprit critique face aux discours de la science dominante, de la même façon que les journalistes politiques le font (ou devraient le faire) face aux discours du pouvoir. Est-ce que quelqu'un met en doute l'intérêt des citoyens pour ce genre de travail journalistique? Si l'équivalent était offert pour les sciences, comme le fait Ben Goldacre dans son livre-blogue Bad Science, je suis convaincue de l'intérêt ainsi suscité par le journalisme scientifique, y compris chez les responsables des médias. Pour nourrir cet intérêt, il suffirait que les journalistes scientifiques s'informent et informent systématiquement le public des conditions financières et institutionnelles dans lesquelles les travaux de recherche présentés ont été menés, incluant les possibles conflits d'intérêts.

En revanche, quand la vulgarisation scientifique ressemble à s'y méprendre à la promotion de la science dominante, c'est-à-dire celle qui intéresse le plus les gouvernements et l'industrie, et même à la promotion des politiques gouvernementales scientifiques, on peut comprendre le réflexe de méfiance des citoyens à qui on promet depuis si longtemps que la science va régler tous les problèmes de pollution, de faim, d'épidémies, etc. si bien qu'il est légitime de lui accorder des centaines de millions de dollars de subvention sans débat public.

Les blogues offrent un espace de liberté fantastique pour réfléchir et débattre de la science en train de se faire et permettent de dépasser le mépris unilatéral de ceux qui savent (la science dominante post-positiviste) envers ceux qui savent d'une autre manière ou qui osent contester les dogmes. Le blogue de Ben Goldacre dans le site du journal The Guardian, Bad Science, offre une véritable réflexion critique sur la science plus ou moins "bonne" ou "réussie", qui va bien au-delà de la mission de "promotion de la science" à laquelle bon nombre de journalistes québécois semblent s'astreindre. Les commentaires des lecteurs sont toujours passionnants et montrent bien la nécessité de faire de la critique de science dans les médias comme on fait de la critique de théâtre, de livres, de politiques publiques, etc.

Si les journalistes scientifiques et les chercheurs eux-mêmes étaient mieux formés à la sociologie des sciences et technologies, je pense qu'il leur deviendrait facile d'ajouter "automatiquement" à leurs textes cette information sur les conditions de réalisation des travaux scientifiques: les conditions matérielles, les discussions d'équipe autour des variables, des cadres théoriques et des méthodes, les éventuels conflits d'intérêts (déjà publiés dans les revues médicales), la source du financement, le rôle réel des signataires de l'article, etc. Cette information permettrait non seulement de rendre la science plus intéressante parce que clairement '"humaine/sociale" et non dans une tour d'ivoire inaccessible, mais elle l'aiderait à maintenir (ou retrouver) une intégrité de base en limitant le ghostwriting, les fraudes, le mensonge, etc. Cette science plus transparente serait, finalement, digne du système démocratique qui la finance.

Le journalisme scientifique peut jouer un grand rôle dans cette démocratisation de la science et pas seulement en s'efforçant de remplir des cruches vides : en habituant les lecteurs à exiger de l'information sur les conditions réelles de la pratique scientifique et donc à exiger davantage de reddition de comptes de la part des chercheurs et des institutions scientifiques (et pas seulement dans des rapports financiers inaccessibles au commun des lecteurs). Oui, il faut pour cela une presse indépendante solide, mais aussi un changement de ce qu'on entend par "culture scientifique".

mercredi 9 mars 2011

Eloge du bricolage et du braconnage pour inviter les chercheurs à innover - Concours LeMonde de la recherche en sciences humaines

À l'occasion de ce concours parrainé par le journal Le Monde et la Fondation Charles Mayer, dont le président du jury est Edgar Morin, voici une réflexion très pertinente de Pierre Calame sur l'état actuel de l'université:

Le vieux discours de l'université, celui qui justifie le cloisonnement des disciplines, celui qui, au nom de la liberté de chercher, pense que le seul devoir est de former des diplômés, celui qui met le savoir des experts en surplomb de la société a perdu sinon sa raison d'être, au moins sa force et sa pertinence. Le remplacer par un discours utilitaire, où la recherche n'aurait de valeur qu'à l'aune de sa contribution à la compétitivité, n'est pas mieux fondé.
Ce qui est en jeu, ni plus ni moins, c'est de refonder le contrat social qui sous-tend les relations entre la recherche scientifique, l'enseignement supérieur et la société. C'est à l'énoncé des fondements de ce contrat social et à leur traduction pratique que cherche à contribuer notre prix. Il ne prétend pas réformer l'université. Il cherche seulement à promouvoir d'autres critères d'excellence qui puissent, au fil des années, séduire les jeunes qui s'engagent dans la recherche, les assurer du sens de leurs efforts, influencer non leurs sujets de thèse mais leur manière de se regarder eux-mêmes dans la cité, avec le sentiment de responsabilité, de redevabilité que justifie la confiance qui leur est faite et les moyens qui leur sont donnés.


Pour lire la suite: Eloge du bricolage et du braconnage pour inviter les chercheurs à innover - LeMonde.fr

Cours de l'Université populaire de Montréal: "Qu'on Science"

Présentation:

Cours donné par Louise Caroline Bergeron. Ce cours va traiter de quelques des principes qui fondent l’activité scientifique. Il vise à diffuser une culture scientifique de base, à la portée de chacun-e, nécessaire à prendre des décisions plus éclairées face aux possibilités de la science et à ses applications dans notre démocratie. Des spécialistes de différents domaines vont nous présenter des thèmes pour alimenter la discussion et nous aider à avoir une idée plus nette des liens entre science, technologie et société.

Prochaine séance: 9 mars 2011

Les séances ont lieu les Mercredi 19h00 à Bar Populaire (6584 St-Laurent, Montréal).

Médicaments - Qui finance les essais cliniques? | Le Devoir

Un article publié dans un quotidien québécois qui permet de nourrir la réflexion critique des citoyens face au monde de la recherche biomédicale et, en particulier, qui peut les conduire à réaliser que les enjeux financiers modèlent la recherche scientifique et non seulement des sentiments honorables comme le souci d'autrui et le sens du bien commun. De telles études, diffusées par les journalistes scientifiques, peuvent également susciter davantage d'exigences de reddition de compte de la part de la société civile à l'endroit des chercheurs.

Voici mon commentaire sur le site du journal:
Il est essentiel que les citoyens comprennent mieux comment se fabrique la science et notamment quels sont les intérêts financiers en jeu; qu'ils soient de plus en plus vigilants face aux conflits d'intérêts qui parsèment les essais cliniques de nouveaux médicaments. Un récent article scientifique montre par exemple que les résultats publiés des essais cliniques financés par les pharmaceutiques sont plus souvent positifs que ceux testés par des études indépendantes; qu'ils comportent plus d'incohérences entre les résultats et la conclusion, etc., même lorsqu'ils sont publiés dans les grandes revues de recherche biomédicale. Cela montre bien que l'argent influence la science, n'en déplaise à ceux qui entretiennent le mythe de la science pure. Titre de l'article de Joel Lexchin: "Those Who Have the Gold Make the Evidence: How the Pharmaceutical Industry Biases the Outcomes of Clinical Trials of Medications." (http://www.commissionrecherche.com/2011/03/those-who-have-gold-make-evidence-how.html)

Médicaments - Qui finance les essais cliniques? | Le Devoir

Science et politique au Congrès américain

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme

Cette célèbre citation de François Rabelais, dans Pantagruel (Chapitre VIII, 1532), a suscité un commentaire percutant, hélas anonyme, qui fait un lien entre le dogme de l'économie du savoir et la perte accrue de "conscience morale" de la science contemporaine. À méditer.

"Faire de l'Union Européenne l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde." La finalité de la science définie par l'UE et connue comme la "Stratégie de Lisbonne" ne pourrait être plus opposée à la citation de Rabelais et à l'une des bases même de l'humanisme. La science perd ainsi toute ambition émancipatrice et les scientifiques (avant même les citoyens) tout droit à exercer leur sens critique, voire leur sens moral devant les applications potentielles des connaissances produites. La finalité de la science est ainsi redéfinie comme l'arme décisive de la guerre économique. Tout frein à l'innovation doit être éliminé, la science doit être rentable et l'activité scientifique qui ne peut être rentable n'a plus d'intérêt; quant à ce qui dérange la dynamique productive, ce sera violemment combattu. Les humanistes qui doutent sont traités d'obscurantistes et, si ce sont des scientifiques, de traitres. Les citoyens, les sociétés doivent se soumettre à un "progrès" devenu aveugle qui n'est plus qu'une avalanche continue d'innovations dont la seule fin réelle est d'entretenir le consumérisme. Impérialisme, concurrence de tous contre tous, surconsommation (et surendettement) obligatoire, la science devient ainsi l'arme ultime de l'aliénation. Le néolibéralisme de la fin du XXe et du début du XXIe a récrit la fin de la formule: "Science sans conscience est ... le seul avenir du capitalisme: le capitalisme cognitif"." (03 mai 2010)

Source: http://www.linternaute.com/proverbe/401/science-sans-conscience-n-est-que-ruine-de-l-ame/

samedi 5 mars 2011

Le mouvement climato-sceptique en France: La terre serait-elle plate à l'Institut de France?

Texte de débat sur le climatoscepticisme dans le Le Monde:
Les professeurs Claude Allègre, Vincent Courtillot, et quelques collègues, ont créé un organisme dont une des missions est d'informer les Français que les activités humaines ne sont qu'une cause mineure du changement climatique.

Auteur: Claude Henry, professeur à Columbia University, professeur honoraire à l'Ecole polytechnique, membre fondateur de l'Académie des technologies

Pour lire l'article et les nombreux commentaires

Évaluation ouverte d'articles savants: comment ça marche

Insatisfaite des procédures actuelles d'évaluation par les pairs, la revue Shakespeare Quartely a lancé une expérience d'évaluation ouverte d'articles scientifiques à laquelle six articles sont soumis. Voici la procédure qui vise garantir la qualité de l'évaluation tout en utilisant le web 2.0 pour en élargir la portée et rendre le processus accessible à plusieurs lecteurs du grand public.

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- Can authors of the essays comment? Authors of the essays on this site are encouraged to respond to feedback on their own work as well as to provide feedback on the other works posted here. Because SQ’s editors will be publishing as many or as few of the essays as they see fit, the essays are not in competition with each other.


Shakespeare Quarterly

vendredi 4 mars 2011

How The University Works : un livre et un blogue

Ce livre publié en 2008 par le professeur Marc Bousquet, qui a donné lieu à un blogue très nourri, présente les conditions de travail dans les universités, en insistant sur les chargés de cours sous-payés et les étudiants gradués qui constituent une main d'oeuvre à bon marché pour les professeurs-chercheurs réguliers, de plus en plus rares. Une réalité très éloignée des promesses de l"économie du savoir...

Blog How The University Works

Chaîne You Tube de Marc Bousquet

The European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility (ENSSER)

Un réseau européen né depuis peu qui partage de nombreuses valeurs avec la Commission citoyenne de la recherche scientifique. Il a soutenu Gilles-Éric Séralini et organise des colloques et autres projets.

Voici sa présentation:

The European Network of Scientists for Social and Environmental Responsibility (ENSSER) brings together independent scientific expertise to develop public-good knowledge for the critical assessment of existing and emerging technologies.

ENSSER is committed to:

1. Transparent, high quality scientific information that focuses on the ecological, health, and socioeconomic aspects of technology use.
2. The assessment of alternative options within technology policy, strengthening innovation and long term sustainability, meanwhile prioritising public and environmental safety.

The objective of ENSSER is the advancement of public-good science and research for the protection of the environment, biological diversity and human health against adverse impacts of new technologies and their products.

ENSSER advocates benign and peaceful use of scientific discoveries and technological developments, while expanding diverse approaches to assess their utility and safety in society.

ENSSER considers that critical, independent and transparent analyses of technology options can best promote sustainable and humane technology development that addresses both current and future social and environmental problems.

ENSSER promotes the critical European and international discourse on new technologies, their impacts and their regulation. As scientific and technological advances, are increasingly driven by private interest, health and environmental safety information needs often lag behind. As a result, the relationship between science, society and environment in science policy should be restructured to better protect the public interest.

ENSSER promotes critical thinking to help reshape current models towards more democratic and participatory agenda-setting processes. This requires creating spaces for scientific information independent from economic and political influence, and includes the identification, use, and quality assessment of scientific, lay, local, traditional and other knowledge sources.

Home

Le cerveau, les femmes et les hommes: débat?

Voici un livre qui n'hésite pas à critiquer des "monstres sacrés" en neurosciences, en psychologie ou en vulgarisation scientifique.

Books on Science - ‘Delusions of Gender’ Peels Away Popular Theories - NYTimes.com

Le juriste Joseph Weiler confirmé dans sa défense de la liberté de parole scientifique et intellectuelle

Une étrange histoire où la liberté de critiquer un ouvrage scientifique s'est vue menacée

Un jugement a été rendu hier par un tribunal parisien en faveur du professeur de droit Joseph Weiler. Ce jugement condamne même la chercheure qui le poursuivait, Karine Calvo-Goller, à lui payer des frais en dédommagement. Cette histoire très intéressante évoque hélas la poursuite-baillon dont sont victimes les auteurs et les éditeurs du livre Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique. On se souviendra que les sociétés minières canadiennes Barrick Gold et Banro poursuivent les Éditions Écosociété ainsi que les trois auteurs du livre pour diffamation en leur demandant 11 millions de $ canadiens. Dans le cas de Joseph Weiler, professeur de droit international à la New York University et directeur de la revue European Journal of International Law, c'est une chercheure qui a décidé de le poursuivre en diffamation parce qu'il avait accepté de publier un compte rendu très critique de son livre. Elle alléguait que ce compte rendu allait nuire à sa carrière et, par conséquent, à sa vie personnelle.

Le procès a eu lieu en janvier et le verdict est tombé hier, indiquant que la plaignante avait abusé du droit de poursuivre. Selon le résumé qu'en donne Joseph Weiler, le jugement estime que le compte rendu en question n'exprime qu'une opinion modérée sur le livre analysé, sans excéder les limites de la critique acceptable entre chercheurs. Les nombreux chercheurs et intellectuels qui avaient soutenu Joseph Weiler peuvent se réjouir. Toutefois, on peut aussi voir dans cet événement un symptôme de la "dureté" du monde universitaire où les carrières se font et se défont à coups de plume, sans pitié pour les plus faibles ou les moins performants.

La poursuite contre Écosociété connaîtra-t-elle elle aussi un dénouement respectueux de la liberté de critiquer et de nommer les acteurs qui font l'objet de ces critiques? Espérons-le.

Autres textes sur l'affaire Weiler:
- Sans la Liberté de Blâmer, il n’est Point d’Eloge Flatteur. Lettre de soutien au Professeur Joseph Weiler.
- Criminal Libel for publishing a critical book review? Seriously?
- Verdict.

(Billet aussi publié sur le blogue de l'Agence Science presse)

jeudi 3 mars 2011

Dialogue science-société et modèle du déficit de connaissance

À la suite d'un billet de Pascal Lapointe critiquant le modèle du déficit de connaissance pour expliquer le climato-scepticisme (négation des changements climatiques et dénigrement des travaux scientifiques qui le prouvent), j'ai écrit ce commentaire:

Je voudrais simplement suggérer qu'il existe un autre déficit de connaissance perpétuellement présumé par les chercheurs comme par les journalistes scientifiques à propos de leurs lecteurs - ou plutôt un préjugé qui consiste à dire ceci: les "gens" ne veulent que connaître les vérités produites par la science, ils ne s'intéressent pas aux enjeux concrets politiques, sociaux et économiques qui l'entourent - sauf s'il s'agit d'un scandale. Ils ne veulent que des héros de science(-fiction) capables de repousser les frontières de l'inconnu...

Ce mythe est entretenu par le propre discours de la science sur elle-même, amplifié par une certaine forme de journalisme scientifique non critique, qui refuse de la considérer comme une pratique sociale située dans une histoire, avec des acteurs sociaux. Comme l'explique si bien le philosophe Edgar Morin dans Science avec conscience, "les sciences naturelles n'ont pas conscience de leur inscription dans une culture, une société, une histoire. Les sciences n'ont pas conscience de leur rôle dans la société. Les sciences n'ont pas conscience des principes occultes qui commandent leurs élucidations ... les pouvoirs créés par l'activité scientifique échappent totalement aux scientifiques eux-mêmes".

Or ces pouvoirs, ces enjeux, sont loin d'échapper aux citoyens qui lisent, qui s'informent, qui réfléchissent - ces simples citoyens qui sont capables de faire des révolutions alors qu'on les croyait à jamais soumis aux dictateurs. Inondés de la rhétorique de l'économie du savoir (par exemple, annonces de grands projets qui sauveront le monde et qui sont financés à coups de millions de dollars de fonds publics), ils doivent bien s'interroger sur les résultats, sur les maladies non comprises, les problèmes d'eau non réglés, la faim dans le monde, etc. Quand le climatosceptique Roy Spencer écrit : "Is it any wonder that scientists have such a bad reputation among the taxpayers who pay them to play in their ivory tower sandboxes? They can make gloom and doom predictions all day long of events far in the future without ever having to suffer any consequences of being wrong.", il reflète un questionnement qu'il est beaucoup trop facile de balayer du revers de la main. Il montre l'absence de reddition de comptes de la science envers ceux qui la financent et un mode de communication qui, comme l'indique bien Pascal Lapointe, va d'une cruche pleine (la science) vers une cruche vide (le public) sans jamais s'intéresser à ce que ce "vide" pourrait cacher, notamment les questions que se posent les citoyens sur la façon dont la cruche pleine s'est remplie et ce que ça coute à la cruche vide... Si les scientifiques et les journalistes scientifiques faisaient un effort pour expliquer non pas seulement le résultat des travaux de pointe, mais aussi les conditions dans lesquelles ils ont été menés, les enjeux réels concrets du métier de chercheurs, dans un esprit de transparence et de respect de leurs concitoyens, ces derniers seraient davantage intéressés et prêts à "dialoguer".

Le dépérissement de l'université - article de Bruno Frey

Article pessimiste qui fait le bilan de toutes les forces destructives qui pèsent sur la communauté des chercheurs universitaires et dont plusieurs symptômes sont exposés dans les billets de ce blogue.
En voici le résumé:

Strong forces lead to a withering of academia as it exists today. The major causal forces are the rankings mania, increased division of labor in research, intense publication pressure, academic fraud, dilution of the concept of “university,” and inadequate organizational forms for modern research. Academia, in a broader sense understood as “the locus of seeking truth and learning through methodological inquiry,” will subsist in different forms. The conclusion is therefore pessimistic with respect to the academic system as it presently exists but not to scholarly endeavour as such. However, the transformation predicted is expected to be fundamental.

SSRN-Withering Academia? by Bruno Frey

La République des sciences, article célèbre de Michael Polanyi

Un article important paru en 1962 sur la "communauté des scientifiques", considérée comme une petite société avec ses règles et son système économique où la reconnaissance par les pairs est le bien suprême, acquise par des résultats originaux mais plausibles, un réseaux de confrères prêts à appuyer, pas trop d'ennemis. Voici le début:

My title is intended to suggest that the community of scientists is organized in a way which resembles certain features of a body politic and works according to economic principles similar to those by which the production of material goods is regulated. Much of what I will have to say will be common knowledge among scientists, but I believe that it will recast the subject from a novel point of view which can both profit from and have a lesson for political and economic theory. For in the free cooperation of independent scientists we shall find a highly simplified model of a free society, which presents in isolation certain basic features of it that are more difficult to identify within the comprehensive functions of a national body.

Pour lire tout l'article

Un commentaire intéressant sur ce texte

mardi 1 mars 2011

Conference 2011 Science in society, Washington, août 2001

Présentation du 3e congrès de cette organisation centrée sur le thème "Science et société" et appel à communications:

Welcome to the website of the Third International Conference on Science in Society, to be held at the The Catholic University of America, Washington DC, USA from 5 to 7 August 2011. This Conference will address disciplinary and interdisciplinary challenges in the sciences, and in particular the relationships of science to society.

Key themes addressed by the Conference include the social impacts of science, the values and ethics of science, the pedagogies of science, the knowledge-making processes of science, the politics of science and the economics of science. At first glance, the scope and concerns of the Conference are enormous. However, in contrast to conferences with a specialist disciplinary focus, this Conference aims to explore, in an interdisciplinary spirit, linkages between different areas of concern and practices of investigation. We welcome presentation proposals which range from broad explorations of philosophical, theoretical, methodological and policy questions, to proposals which present finely grained evidence of the connections of science to society in microcosms of research, teaching and practice.

Science corrompue

En commentaire à un article de l'Agence Science Presse sur les recherches du fils de Kadhafi sur la démocratie et sur de possibles compromissions de professeurs de science politique à son endroit, voici ce que j'ai écrit:

Un exemple de plus qui montre à quel point l'argent et la proximité du pouvoir corrompent, surtout ceux qui en sont déjà proches, et que le monde de la recherche scientifique, loin d'être protégé par sa tour d'ivoire, y est très vulnérable. Cette question d'argent est un élément hélas majeur de la recherche scientifique, comme en témoigne, parmi d'autres exemples, cet article qui vient de paraître de Joel Lexchin (York University) sur la recherche biomédicale. Dans "Those Who Have the Gold Make the Evidence: How the Pharmaceutical Industry Biases the Outcomes of Clinical Trials of Medications" (Science and Engineering Ethics), ce texte fait une synthèse des caractéristiques des essais cliniques (recherche sur les nouveaux médicaments ou vaccins) financés par les les compagnies pharmaceutiques. Non seulement ils produisent moins de résultats négatifs pour les médicaments testés que les études indépendantes, mais leurs résultats sont biaisés de multiples manières: ils ne sont pas publiés quand ils sont trop négatifs, les données sont réinterprétées, il y a des incohérences entre les résultats et la conclusion, certains articles sont écrits par des firmes spécialisées et signées par des chercheurs contre rétribution, etc. À lire pour perdre ses dernières illusions sur la pureté de la science et commencer à réfléchir sérieusement sur les façons de résister à cette recherche corrompue en invoquant une éthique des sciences d'autant plus efficace qu'elle est réaliste.

Those Who Have the Gold Make the Evidence: How the Pharmaceutical Industry Biases the Outcomes of Clinical Trials of Medications.

Article de joel Lexchin, School of Health Policy and Management, York University

Résumé:
Pharmaceutical companies fund the bulk of clinical research that is carried out on medications. Poor outcomes from these studies can have negative effects on sales of medicines. Previous research has shown that company funded research is much more likely to yield positive outcomes than research with any other sponsorship. The aim of this article is to investigate the possible ways in which bias can be introduced into research outcomes by drawing on concrete examples from the published literature. Poorer methodology in industry-funded research is not likely to account for the biases seen. Biases are introduced through a variety of measures including the choice of comparator agents, multiple publication of positive trials and non-publication of negative trials, reinterpreting data submitted to regulatory agencies, discordance between results and conclusions, conflict-of-interest leading to more positive conclusions, ghostwriting and the use of "seeding" trials. Thus far, efforts to contain bias have largely focused on more stringent rules regarding conflict-of-interest (COI) and clinical trial registries. There is no evidence that any measures that have been taken so far have stopped the biasing of clinical research and it's not clear that they have even slowed down the process. Economic theory predicts that firms will try to bias the evidence base wherever its benefits exceed its costs. The examples given here confirm what theory predicts. What will be needed to curb and ultimately stop the bias that we have seen is a paradigm change in the way that we treat the relationship between pharmaceutical companies and the conduct and reporting of clinical trials.

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