Réflexion inspirée par deux billets de deux journalistes scientifiques, Pascal Lapointe et Pierre Barthélémy.
J'ai moi aussi l'intuition qu'il est possible de proposer aux
lecteurs un "autre" journalisme scientifique qui les intéressera
davantage que les communiqués de presse sur la découverte X par le Dr Y
publiée dans la revue Z.
Ce journalisme ne se limiterait pas à faire, au nom de la
"nécessaire" promotion de la culture scientifique, l'apologie des grands
experts, ces nouveaux héros capables à la fois de faire des
découvertes, de conseiller des gouvernements et aussi, de plus en plus,
de générer des millions de dollars ou d'euros.
Ce serait un journalisme qui mettrait en contexte à la fois le
processus scientifique ayant mené à la découverte ou aux résultats en
question et le domaine auquel il s'applique. Il est frappant, par
exemple, de constater que les articles actuellement les plus complets et
les mieux faits sur la recherche pharmaceutique se trouvent dans les
pages "affaires" ou "Business" des grands quotidiens. Ces textes mettent
en relation la recherche scientifique biomédicale avec les débats sur
les soins de santé, sur la démographie, sur la consommation, sur le
capitalisme, sur les conflits d'intérêts, etc. de manière à en montrer
les ramifications politiques, environnementales, sociales, économiques,
et ainsi de suite. La recherche scientifique apparaît alors bien ancrée
dans son époque, dans le monde d'aujourd'hui, ce qui la rend
passionnante.
J'attends donc avec impatience de lire des journalistes scientifiques
qui se définissent autrement que comme des "passeurs de science", des
promoteurs de la science, des relais de ces "pauvres chercheurs
incapables de se mettre au niveau de la populace" et qui en demeurent
alors ignorés...
Je veux lire des textes qui mettent en contexte des processus
scientifiques et qui n'hésitent pas à critiquer la science qui se fait,
tout comme les textes des critiques d'art qui ne sont pas les perroquets
des artistes, mais qui évaluent constamment et sans complaisance leur
performance de toutes sortes de points de vue. Je veux lire des textes
qui proposent des calculs sur les investissements dans un domaine
scientifique et les impacts qui en découlent; qui démasquent les
conflits d'intérêts les plus flagrants pour mieux mettre en lumière les
chercheurs intègres; qui questionnent l'institution scientifique sur des
"trous" dans la connaissance, des thèmes qui n'ont jamais été étudiés.
En somme, du bon journalisme appliqué à la science comme institution au
coeur de nos sociétés et non comme instance mystérieuse qui génère de
temps en temps de quoi faire un papier.
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