Extrait d'une lettre de François Blais (doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université Laval) sur les risques du financement privé des université publiée sur Cyberpresse.
L'entreprise privée et l'université
Les entreprises privées comme les individus peuvent venir en aide aux universités par des dons philanthropiques. Mais elles interviennent aussi dans la vie des universités en leur octroyant des contrats de recherche, des contrats de formation ou des commandites. Ici encore, rien d'absolument gratuit puisqu'en retour ces entreprises se retourneront vers l'État pour récolter les avantages fiscaux auxquels leur donne droit leur investissement dans le monde universitaire.
La situation se complique cependant puisque les intérêts des entreprises, bien que socialement importants (amélioration de la productivité, innovation de tous genres, etc.), restent finalement très limités au regard de la contribution globale de l'université à la société. En effet, des pans entiers de l'activité des universités intéressent peu ou prou l'entreprise privée. Et dans le cas où certains investissements apparaissent pertinents, on court chaque fois le risque de compromission des valeurs académiques fondamentales.
Aux États-Unis, où les pratiques de partenariat avec le privé existent depuis très longtemps, la littérature qui dénonce les abus de la commercialisation des universités abonde. L'ancien recteur de l'Université Harvard, Derek Bok, a d'ailleurs publié un ouvrage mettant en garde les dirigeants des universités contre les nombreux dérapages que peuvent entraîner leur collaboration avec le secteur privé: résultats de recherche biaisés ou encore non divulgués, programmes de formation douteux, professeurs-entrepreneurs ayant perdu toute distance critique, remise de doctorats honorifiques pour remercier de «généreux donateurs», etc.
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